L'IA peut-elle remplacer un avocat ? Intervention au 20h de France 2
Consulté par le 20h de France 2 sur l'application iAvocat, je reviens sur les enjeux de l'IA générative pour les directions juridiques et cabinets d'avocats : entre promesses marketing et réalité opérationnelle.

DE L'APPLICATION IAVOCAT À LA RÉALITÉ DU TERRAIN
Il y a deux ans, j'avais été consulté par le 20h de France 2 dans le cadre de la rubrique « Vrai ou Faux » sur une question qui agite régulièrement les esprits : l'intelligence artificielle peut-elle remplacer un avocat ? Le sujet portait sur l'application iAvocat, lancée début janvier et téléchargée plus de 50 000 fois selon son créateur, qui promettait ni plus ni moins de rivaliser avec n'importe quel professionnel du droit.
Ma conclusion dans le reportage était sans appel : en posant la même question sur une procédure de divorce à la version gratuite de ChatGPT et à iAvocat, les formulations se révélaient très similaires. L'application payante semblait en réalité s'appuyer sur les mêmes modèles de langage accessibles gratuitement, sans apporter de véritable valeur ajoutée. Pire, comme l'ont confirmé deux avocats interrogés dans le reportage, certaines réponses pouvaient s'avérer complètement fausses.
Le créateur de l'application, Issam Reghi, a reconnu que le slogan promettant de « remplacer un avocat » était surtout destiné à faire du buzz. Un aveu qui illustre parfaitement le fossé entre le marketing de certaines solutions et la réalité de ce que l'IA peut véritablement apporter aux professions juridiques.
DEUX ANS APRÈS : OÙ EN EST L'IA GÉNÉRATIVE POUR LES JURISTES ?
Depuis cette intervention, le paysage de l'IA générative pour les professionnels du droit s'est considérablement transformé. L'IA générative n'est plus le terrain de jeu exclusif de ChatGPT. Les éditeurs historiques du secteur legal tech — Thomson Reuters, LexisNexis, Wolters Kluwer — tout comme une multitude de start-ups spécialisées, poussent désormais leurs propres solutions d'intelligence artificielle juridique.
La technologie est là, disponible « sur l'étagère » pour toutes les directions juridiques et tous les cabinets d'avocats. Les outils se sont perfectionnés, les interfaces se sont affinées, et les promesses se sont multipliées. Pourtant, force est de constater que l'accessibilité technologique ne règle pas la complexité organisationnelle.
"L'IA juridique ne remplace pas l'avocat, elle transforme sa pratique. Encore faut-il savoir accompagner cette transformation."
— Alexis Figiel
LES FONDAMENTAUX DEMEURENT
Chez usuel.ai, nous observons quotidiennement que si les outils changent, les fondamentaux demeurent. Deux enjeux structurent encore aujourd'hui l'adoption de l'IA dans les directions juridiques et les cabinets d'avocats.
Le premier, c'est la sécurité. Les craintes sur la confidentialité des données sont exactement les mêmes qu'il y a deux ans. Le secret professionnel de l'avocat, la protection des données sensibles des clients, la conformité RGPD : ces questions ne trouvent pas de réponse dans une application téléchargée sur un store. Elles exigent une réflexion approfondie sur l'architecture technique, les flux de données et les garanties contractuelles des fournisseurs.
Le second enjeu, c'est celui de l'industrialisation. Le défi pour les équipes juridiques n'est plus de tester un POC ou de s'amuser avec ChatGPT. Il est de transformer durablement la méthode de travail, d'intégrer l'IA dans les processus existants, de former les équipes et de mesurer concrètement les gains de productivité. La différence entre un gadget et un outil métier se joue là : dans la capacité à passer de l'expérimentation à l'usage quotidien.
ACCOMPAGNER PLUTÔT QU'ÉVANGÉLISER
Notre rôle chez usuel.ai a évolué. Il y a deux ans, il fallait encore évangéliser, expliquer ce qu'était l'IA générative, démontrer son potentiel. Aujourd'hui, tout le monde a compris que la technologie est là pour durer. La question n'est plus « faut-il s'y intéresser ? » mais « comment l'intégrer de manière sécurisée et efficace ? ».
C'est précisément ce que nous faisons : accompagner les directions juridiques et les cabinets d'avocats dans cette intégration. Une intégration qui se veut sécurisée — parce que la confidentialité n'est pas négociable dans ces métiers — et sobre — parce que l'objectif n'est pas d'empiler les outils mais de résoudre des problèmes concrets.
L'épisode iAvocat reste un cas d'école. Il illustre ce qu'il ne faut pas faire : promettre la lune avec une simple interface sur un modèle de langage générique. L'IA au service des juristes, c'est autre chose. C'est un travail d'adaptation aux spécificités métier, de paramétrage fin, d'accompagnement au changement. C'est transformer la pratique sans la dénaturer.
Où en êtes-vous de cette transformation dans vos équipes ?

Écrit par
Alexis Figiel
Co-fondateur
Diplômé d'Assas et d'HEC Paris, Alexis Figiel pilote les projets d'IA générative de la stratégie au déploiement : cadrage du besoin, conception de la solution, déploiement et industrialisation, avec des objectifs concrets et mesurables. Son expérience couvre à la fois les PME/ETI et les grands comptes (dont Radio France, Lacoste). Il anime des formations pratiques pour faire monter les équipes en compétence et ancrer l'usage de l'IA dans les processus. Son approche est volontairement pragmatique et orientée résultats : priorité au cas d'usage, à la gouvernance et à la traçabilité plutôt qu'à la technologie pour elle-même.
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